Service public social local

Publié le par AN LEBON

Débat sur l’Arast

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Photo : « L’Hôtel de Région », que Paul Vergès aimerait bien conservé en Mars 2 010

  

Trois commentaires sur l’actualité à propos du combat des salariés de l’ex-Arast pour obtenir un minimum de respect de leurs conditions de travailleurs sociaux à la Réunion :

Le 13/01/10 :

 

En demandant une enquête de l’Igas, pour que l’on puisse voir clair dans l’utilisation des fonds publics par l’Arast, Paul Vergès fait encore moins bien que Jean-Paul Virapoullé. Ce dernier avait proposé toute une logique d’intervention – ce qui ne l’exonère pas, lui non plus, de sa responsabilité en tant que leader de parti, qui a été longtemps maire, c’est-à-dire « fabriquant » d’élus de tous niveaux à la Réunion – à laquelle il manque au moins deux éléments de cohérence d’ensemble. Tout d’abord, il y a eu dans sa déclaration un manque d’éclairage de la responsabilité de tous les groupes politiques de l’assemblée départementale qui regardaient ailleurs quand cette association était en difficulté et surtout quand elle a été torpillée. Ensuite, il a manqué des propositions quant à un changement de gouvernance des institutions départementale dans la gestion d’un service public local – si l’on ne s’y attelle pas, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Certains diront que les élus s’en contrefichent du moment que les dividendes électoraux qu’ils en ont retirés auront été utilisés pour la préparation de diverses campagnes électorales (en moyens humains, en relations en général, en embauches directes ou indirectes). Aux citoyens de juger ! Paul Vergès, lui, ne fait que botter en touche – difficile à comprendre, au premier abord seulement, pour un ardent défenseur de pouvoirs locaux efficaces et donc déconnectés des pouvoirs parisiens, et pourfendeur du manque de responsabilité chez les autres, le moins que l’on puisse dire. Il faut le répéter : la décentralisation ne se joue pas seulement entre un DOM et Paris, elle se vit aussi sur place. Le social, ce service public local, qui ne peut pas être rentable par définition doit être cependant géré de près, dans une transparence en continue, sans qu’aucun responsable, d’où qu’il vienne, ne mange sur la « bête », et que ce soit par une association ou une autre structure. Ce n’est pas en changeant de partenaire que le pouvoir du Conseil Général pourra donner le change. Tout passe par des élus, qui n’ont pas à s’en remettre à l’aveugle à une administration autour d’une Présidente, mais aussi par des commissions d’évaluation où l’on retrouve des personnalités compétentes indépendantes et qui seront habilitées à prendre des initiatives. Et par des communications régulières sur la question en direction du public.

 

Le 14/01/10 :

 

Quelques constatations (premières conclusions) s’imposent : C’est la 2e fois que le Préfet (ce Préfet !) intervient fortement et publiquement pour donner une autre dimension au rapport de force entre le pouvoir de l’État et le pouvoir des collectivités locales à la Réunion. Mais cette fois-ci, il a en face de lui non seulement le Président de la Région mais aussi la Présidente du Conseil Général, et c’est une première ! Personne n’oublie que la part de l’État est de loin la plus importante, et que c’est encore l’État qui drive tout ce qui vient de l’Europe puisqu’il a la responsabilité dans la prévision et le suivi des politiques européennes. Le premier bras de fer avec Paul Vergès, en dehors des mécanismes de contrôle juridique des actes de gestion, c’était en pleine période de manifestations organisées par le COSPAR pour remettre les prix à leur juste place afin de protéger le pouvoir d’achat de nombreux Réunionnais. Paul Vergès avait voulu reprendre la main dans les négociations que la Préfecture avait mises en place en organisant sa propre table ronde entre les différents partenaires à la Région, court-circuitant ainsi le travail de Pierre-Henri Maccioni. Ce dernier avait immédiatement réagi sur les ondes et avait remis l’État au centre du dispositif. Il était en plein dans son domaine de responsabilité. Le résultat sur le fond du problème est une autre histoire ; le consommateur a bien conscience que le gros du travail sur les prix et les salaires reste à faire, et qu’il appartient aux syndicats et aux associations de remettre régulièrement la question à l’ordre du jour avec tous les partenaires. Dans le 2e bras de fer, le mérite du Préfet est bien de faire savoir aux Réunionnais qui est responsable de quoi, de façon à faire en sorte que l’on arrête de « jouer la boule chiffon » avec les travailleurs du social dans ce pays. Ces deux interventions du Préfet doivent être perçues comme normales, le représentant de l’État républicain est à sa place, et, au niveau des principes, le bras de fer n’est pas la bonne expression si une bonne pratique s’instaure. Il reste, et c’est plus qu’important, qu’il lui appartient aussi de relayer en direction du gouvernement et de le dire publiquement ce que les élus locaux ne cessent de crier : quand on décentralise des responsabilités, les moyens financiers doivent suivre. Ce qui n’est pas le cas dans pas mal de domaines.

Autrement, c’est l’État républicain qui n’assure pas l’égalité des territoires.

 

Le 15/01/10 :

 

« Le devoir de contrôle des subventions versées », mais c’est une base classique du travail des élus (majorité et opposition), eux qui ont en charge la bonne utilisation de l’argent public ! Cela vaut pour l’Arast, au niveau départemental, mais aussi pour toutes les associations, qu’elles soient aidées par l’État, la Région, le département ou les communes (quand les aides ne viennent pas de tous les niveaux, y compris celui de l’Europe). Le débat doit être particulièrement porté dans les communes (la presse fait état régulièrement de pas mal de soubresauts ici ou là, y compris à Saint-Denis) ; aux citoyens aussi de jouer leur rôle : défendre son association, c’est aussi s’occuper de l’espace de liberté de tout le secteur associatif, trop souvent investi par le pouvoir politique, intéressé avant tout par les points d’appui et de relais qu’il pourrait y trouver. Au lieu du secteur réservé au grand chef et à un cercle très restreint de ses collaborateurs, une délégation secteur associatif est à créer dans toutes les collectivités, pour aérer le système (rapports publics sur les bilans des exercices, sur les projets présentés, et sur les critères d’attribution des subventions) et garantir la transparence de la gestion.

Publié dans Politique régionale

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