Visite présidentielle; l'ex-Arast; la MCUR, etc.

Publié le par AN LEBON

Visite présidentielle ; l’ex-Arast ; la MCUR, etc.


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Photo: Le siège du Conseil Général de la Réunion.           

Les commentaires sur l’actualité à la Réunion ont trait à trois sujets principaux ces derniers jours : d’abord, la venue de Nicolas Sarkozy pour présenter ses vœux à tout l’Outremer ; ensuite, la bataille des salariés de l’ex-Arast (l’association qui travaillait dans le secteur social, domaine de compétence du Conseil général) qui n’ont toujours d’indemnités de licenciements, et qui restent sans perspectives claires de réembauche dans un secteur d’activité où ils ont montré une expérience certaine ; et enfin, la suite du débat sur la MRUR (Maison des civilisations et de l’Unité Réunionnaise), un projet de la Région dont les objectifs culturels ont été fortement attaqués par un groupe d’historiens réunionnais parce que travestissant la vérité historique, et devant préparer plus à la construction d’un outil politique dans les mains du PCR qu’à l’animation du secteur culturel.

Un autre sujet a mérité un commentaire : l’appréciation qui a été portée contre le députée-maire Huguette Bello qui était au cœur de la contre-manifestation pendant que Nicolas Sarkozy faisait son discours (manifestation qui a eu lieu loin et très loin du Président, les forces de l’ordre ayant bouclé tout un quartier de la ville). Selon certains, une députée-maire n’avait pas à le faire au moment d’une visite présidentielle.

 

Commentaire du 18/01/10 : Avant l’arrivée à la Réunion du Président de la République, la presse locale commençait à parler de son séjour :

« En forme dans les sondages » ? Pas tout à fait : un sondage qui indique une petite remontée de la cote de popularité du Président ne fait pas un printemps dans l’espace politique sarkozien ; lui qui se nourrit (qui engloutit !) de sondages, qui coupe et recoupe les conclusions de ces études d’opinion, qui les commande en quantité sur tous les sujets, au point que ses opposants lui ont fait le reproche (une commission d’enquête de l’Assemblée nationale a été demandée pour un suivi de l’argent public à ce sujet, un refus a été bien entendu opposé) de mettre ces institutions plus ou moins sous son contrôle, par une orientation sur les questions posées, et par la masse de la commande, le sait très bien. Mais l’homme ne peut pas changer ; changer, c’est contre sa nature, c’est reconnaître une faute politique. Quant à l’autre bonne nouvelle, « l’UMP caracole en tête des intentions de vote pour les régionales », il est à craindre que pour le 2e tour de ces élections (très peu de régions se donnent une majorité dès le premier tour) l’UMP se retrouve larguée un peu partout car sans réserve de voix. Reste que Nicolas Sarkozy est à fond dans sa communication (quand on lui dit que malgré le forcing il ne décolle pas dans l’opinion, il répond invariablement : je le sais, mais je vais accélérer encore !). Pour accélérer, il va le faire à la Réunion : on aura droit bien entendu à un déluge de mots et de concepts (à se demander si lui-même les intègre bien ?) pour pas grand-chose. En tout, « trop, nuit », toujours !

 

Commentaire du 20/01/10 : Les vœux du Président de la République prononcés à Saint-Denis :

« Je ne vous décevrai pas pour la partie du travail qui est la mienne », a dit Nicolas Sarkozy à tout l’Outremer lors de la présentation de ses vœux pour 2010 à la Réunion, derrière son pupitre et devant les drapeaux pour ne rien changer aux décors habituels de celui « qui parle, donc agit ». Malheureusement pour lui, c’est déjà fait, à considérer sa gestion dans la première moitié de son mandat ; mais, puisqu’il parle de « sa » partie du travail, il lui arrive de se faire un peu modeste, lui qui avance dans sa communication à coup de je et qui entend montrer aux citoyens que tout dépend de lui, de sa volonté, de sa détermination…sous entendant qu’autrement tout resterait à plat. Mais la modestie est engloutie dans un déluge d’évidences logiques du genre : vous croyez que je vais… ; que je laisserai faire… ; que je ne vous comprends pas…, mêlées à des idées et des concepts énoncés depuis plus de 10 ans et qu’il s’évertue à présenter comme faisant partie de ses propres trouvailles : un nouveau modèle de développement est à construire ; l’économie et le social doivent se donner la main ; la France et ses territoires d’outremer ont des intérêts communs, le travail doit remplacer l’assistanat, etc. Après une campagne présidentielle et une carrière politique où il n’a jamais vraiment affronté en face à face des leaders de l’opposition qui auraient rabattu au sol ses grandes envolées ; après un temps aux affaires où les discours pleuvent ; après des États Généraux dont les résultats ne sont pas totalement négatifs mais où il serait prétentieux de parler « d’exercice inédit d’intelligence collective », la Réunion et tout l’outremer attendaient un petit ensemble de mesures concrètes, accrochées à des perspectives politiques bien perçues, avec une programmation de financements et un calendrier de réalisation. Les citoyens de l’Outremer ont écouté les vœux, mais sont repartis avec presque rien de concret qui marque un nouvel élan. En revanche, l’État sarkoziste est toujours bien plus efficace, et ne perd pas de temps quand il s’agit de mettre en selle de grandes entreprises qui vont travailler avec des fonds publics…et qui vont peut-être revendre demain à ceux qui continuent de trimer le résultat de leurs recherches.

 

Commentaire du 21/01/10 : quand le Président parlait de l’école…

Mais vous pourriez expérimenter au collège, disait en substance Nicolas Sarkozy lors de la présentation de ses vœux à Saint-Denis. Le président était alors sur le thème de l’évolution des statuts selon les territoires, et parlait de cette liberté de manœuvre qui existe même dans le cadre que les Réunionnais dans leur ensemble ont choisi et veulent conserver, sous le couvert de l’article 73 de la Constitution. D’ailleurs, c’est sur ce thème des statuts qu’il a été le plus flou, sans doute décollant de son texte où il a l’habitude d’y rester le plus souvent plongé, dans une gestuelle marquée par une crispation constante des mains, une façon selon lui de montrer sa sûreté, sa détermination et son courage, alors qu’à chaque discours il s’enferme comme dans une pièce où il est le seul acteur et le seul public ; il s’est emmêlé les pieds quand il a voulu expliquer en quoi il avait évolué sur cette question. Mais, comment expérimenter au niveau du collège avec des suppressions de postes, une formation pédagogique des enseignants au rabais et une baisse des moyens en général ? Car il faut donner plus et mieux à ceux qui ont le plus besoin, sans ratiboiser les finances, et tout en veillant à ce que le bloc des élèves moyens ne soit pas tiré vers le bas. Le collège gère une population d’élèves de plus en plus hétérogène quant au niveau avec lequel les élèves y arrivent, et l’objectif est de donner à tous des chances de réussite, dans une perspective faite de parcours diversifiés. Ces établissements, par leur autonomie dans la mise en place de leurs projets éducatifs, travaillent déjà concrètement dans les bonnes directions ; il leur manque de quoi pour insister, varier, évaluer et réadapter leurs efforts. Et ça, c’est bien dans la part du travail du Chef de l’État, et particulièrement de Nicolas Sarkozy puisqu’il est le seul vrai ministre de son gouvernement.

 

Commentaire du 22/01/10 : Le média Internet « Zinfos974 » a donné la possibilité à un Vice-président du Conseil général (Ibrahim Dindar) de venir s’expliquer sur le fond du dossier de ces travailleurs sociaux de l’ex-Arast. Alors que la présidente du Conseil général (Nassimah Dindar) fuyait ses responsabilités, et bottait en touche sur le fond, et reste durement attaquée dans ce média, un commencement de débat a pu se faire sur la responsabilité des élus dans le traitement de ce dossier :

« …« gouverner, c’est prévoir » décider, c’est ensuite assumer », écrivait un visiteur du site. Oui, mais d’un bout à l’autre de la chaîne la responsabilité de l’élu – et surtout quand il s’agit d’un chef d’un exécutif local – est d’informer la population des tenants et aboutissants de son travail, avant que des drames n’arrivent ; et la mission des journalistes et des professionnels de l’information est de faire confronter en public les thèses en présence, que soit dans les plans prévisionnels retenus ou dans les justifications des décisions appliquées. Si l’on veut vraiment préparer le terrain pour faciliter le traitement des conflits, parce que des conflits il y en aura toujours ; si l’on veut promouvoir une meilleure culture de la négociation. « Zinfos974 » vient de faire une démonstration (cf. les échanges entre Pierrot Dupuy et Ibrahim Dindar sur le dossier de l’ex-Arast) où le journaliste ne laisse pas son invité dérouler à loisir son argumentation mais l’interrompt, lui oppose la logique de la thèse d’en face, lui demande de préciser tel ou tel élément technique ou conteste telle ou telle donnée avancée. Il a été quand même fair-play en ne cherchant pas à trop appuyer lorsque Ibrahim Dindar reconnaissait maladresse, mauvaise anticipation et mauvaise gestion des relations entre le Conseil général et l’association en question. Cela ne se voit pas ailleurs, à croire que dans le métier la règle de base aujourd’hui est : vous n’êtes pas là pour l’emmener au fond de ses arguments mais pour l’aider à réussir sa présentation – il faut dire aussi que les grands chefs politiques se plaignent automatiquement quand ils ont été malmenés un tout petit peu. Et pourtant il faudrait revenir à une forme pleine, authentique des débats, si l’on veut donner du sens à prévoir, à assumer…pour améliorer la réceptivité dans la population. Bien entendu, c’est aussi une question de liberté des médias par rapport aux divers pouvoirs. « Zinfos974 » se doit maintenant de continuer sur sa lancée en invitant Nassimah Dindar, les têtes de liste pour les régionales, les présidents des grandes associations et les chefs des centrales syndicales, etc. Mais quel boulot !

 

Les négociations étant toujours bloquées, les manifestants ont pensé à se projeter dans l’arène politique pour essayer de faire pression sur les élus locaux en général en déclarant leur intention de se lancer dans la bataille des régionales de mars 2 010 :

Une liste « Arast » aux régionales ? Si c’est un coup de bluff pour emporter le morceau dans la dernière ligne droite de la négociation, au niveau de la pure communication puisque les principaux responsables de cette grande détresse se renvoient la balle, pourquoi pas ? Mais sur le fond, il ne faut pas surcharger le malheur (ce n’est pas de la résignation !) ; il faut s’appliquer à trouver d’autres terrains pour repartir si ces salariés n’obtiennent pas gain de cause. En effet, une liste aux régionales revient chère (d’énormes frais à supporter ; qui feront les emprunts pour les payer en fin de campagne ?), avec peu de chance, pour ne pas dire aucune, d’atteindre les 5 % de façon à pouvoir peser au 2e tour. Les 10 000 signatures de soutien ne se transformeront pas en bulletins dans l’urne. La conversion est loin d’être automatique. Et puis, pour plus tard, dans les relations entre le Conseil général et des associations ou groupements de toutes natures, deux tendances sont à éviter : le politique qui fait irruption sur le champ associatif pour tout régenter ; l’associatif qui croit, après une expérience dans la conduite d’un groupe dans un domaine donné, être à la hauteur de jouer pleinement sur le plan politique. Dans les deux cas la démocratie est perdante, c'est-à-dire que l’immense majorité de citoyens ne savent plus finalement à quel saint se vouer, parce que d’un côté les besoins venant de la base sont vite repoussés ou de l’autre l’absence de cohérence d’ensemble s’installe au détriment de l’efficacité. Ah ! des individualités combattantes peuvent rejoindre une liste qui accepte de porter ce combat et de le placer dans un cadre politique plus large : Quel contrat avec les associations ? Quelles garanties pour de nouvelles ressources financières, les besoins étant énormes ? Quelles aides à la formation, à la gestion des personnels, à l’évaluation régulière et transparente ? Quelle solidarité en général ? Une liste thématique ? Si c’est pour populariser encore plus largement la question, oui ! Si l’argent n’est pas un problème…

 

Commentaire du 19/01/10 : Après la publication d’un document MCUR et Histoire de la Réunion, les partisans du projet de la Région ripostent… à leur manière :

« …apologie du détail de l’histoire qu’est l’esclavage », écrivait un défenseur de la MCUR pour contre attaquer. Voilà une technique connue qui consiste à déplacer le débat, à le réduire, et à coller le résultat obtenu dans une problématique politique, le but étant de décrédibiliser un point de vue voire une personne. Présenter les réalités multiformes et historiques de l’esclavage à la Réunion qu’on ne peut pas valablement récuser (et personne jusqu’ici ne l’a fait de plain-pied), pour les escamoter et tout ramener à une comparaison dans une situation historique totalement différente avec un mot (un détail de l’histoire) de Jean-Marie le Pen sur l’existence des chambres à gaz des nazis, cela s’appelle en vérité fuir le débat lancé par un groupe d’historiens autour d’Alexis Miranville sur le programme de la MCUR. Le but est de tenter de faire croire que ces historiens ont développé la thèse d’une non-reconnaissance des méfaits et de l’atteinte à la dignité humaine qu’a été l’esclavage sous toutes ses formes. C’est tout simplement une manipulation d’un autre temps. C’est un peu comme si pour ne pas reconnaître que tous les Français n’étaient pas des résistants sous l’occupation allemande, on déduisait que les spécialistes qui l’ont montré étaient tout simplement des défenseurs des nazis. Pour revenir à la Réunion, ces historiens qui critiquent la MCUR veulent simplement rester à leur place. Dans leur texte il est écrit : « Notre démarche d'aujourd'hui s'inscrit dans la lignée de l'appel lancé le 12 décembre 2005 par un groupe d'historiens français inquiets devant l'intrusion flagrante de l'idéologie dans l'histoire, notamment lorsqu'il s'agit de l'esclavage et de la colonisation ».

 

Le droit de manifester : La députée-maire était avec des syndicalistes…

Rappel : Préambule de la Constitution de 1 946, repris dans celui de la Constitution de la Ve République : « Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l’action syndicale… », ce qui inclut, bien entendu, le droit à la manifestation. Et une élue est encore mieux placée si elle estime que les droits et les conditions de vie des citoyens sont menacés. C’est ça la République !

Le droit de manifester ne veut pas dire que les objectifs retenus par les manifestants sont nécessairement justes et approuvés par une majorité de citoyens. Mais c’est un droit fondamental. Quant à la présence d’élus à la tête de manifestations, cela s’est vu dans tous les camps et contre tous les régimes.

Publié dans Politique régionale

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