Débat sur l'identité nationale, à Saint-Paul
Débat sur l’identité nationale, à Saint-Paul, le 8 décembre 09
Le cadre :
- Le Sous-Préfet de Saint-Paul, Thomas Campeaux, préside les débats, entouré de deux historiens, Alexis Miranville à sa droite et Bernard Marek à sa gauche.
- La salle Leconte de Liste est occupée à moitié – des dionysiens ont fait le déplacement ; mais elle est assez bien complétée par des élèves d’une classe de seconde du Lycée Louis Payen, de deux autres du Lycée de Plateau Caillou, d’une bonne délégation des délégués d’élèves du collège de Plateau Caillou et de deux élèves du lycée de Vue-Belle. Toutes ces classes ont été accompagnées de professeurs et des proviseurs de ces établissements. Le Sous-Préfet a salué une délégation d’anciens combattants.
Le Sous-Préfet de Saint-Paul : En dehors des polémiques, je souhaite un débat constructif, dit-il. Nous sommes là pour discuter de cette notion d’identité nationale. Pour accompagner ce débat dans sa dimension locale, je me suis entouré de professeurs d’histoire que sont Alexis Miranville et Bernard Marek, ajoute encore le Sous-Préfet. Qui précise : on évoquera aussi la nationalité française pour arriver à l’identité réunionnaise.
Le Sous-Préfet a commencé par solliciter les élèves qui selon lui avaient préparé leurs questions mais qui ont eu quelque mal à s’épancher ; il s’appliqua à chaque fois à y répondre, à développer les contextes historiques, un peu trop longuement après chaque intervention des participants d’ailleurs, donnant ainsi l’impression qu’il y avait nécessité à faire systématiquement un cours sur tous les éléments présentés. Un participant devait un peu plus tard regretter le départ de deux classes, dès que les questions furent posées (problèmes de transport, sans doute, mais qui auraient pu être résolus autrement). L’important pour ces élèves était bien de se plonger dans un débat enrichissant et très formateur, surtout dans il a été question de la nécessité de débattre des valeurs de la République, et sur la place de l’Enseignement de l’Histoire.
Quelques interventions, dans une réunion de plus de 3 heures :
Alexis Miranville : j’apporte un éclairage de l’Histoire et un vécu de 40 ans de professeur et de parent d’élèves. Pour résumer, à l’origine, cette question de l’identité nationale colle à l’image d’une France blanche et catholique ; puis arrive l’ère coloniale de Jules Ferry, avec pour conséquences des flux migratoires. Et cette immigration de groupes va à partir de là engendrer une nouvelle perception de l’identité. Il s’agit principalement de reconstruire ce sentiment du vivre ensemble. Je souhaite qu’après le débat chacun puisse formuler des propositions pour cette reconstruction qui figureront dans la synthèse.
Alexis Miranville devait préciser sa pensée sur cette reconstruction de ce vivre ensemble, de ce sentiment d’appartenance à la Nation, une position qui a reçu l’assentiment d’une bonne partie de la salle :
Dans identité, il y a identique ; des éléments identiques d’un ensemble. Le débat a été organisé pour répondre à cette reconstruction du vivre ensemble. L’identité nationale qui est appelée à évoluer, et nous à la Réunion nous sommes bien placés pour en prendre conscience, est une construction permanente. Elle s’appuie sur une reconnaissance qui fonctionne dans les deux sens. Un pas doit être fait de part et d’autre, l’accueillant et l’accueilli. Mais un socle de valeurs est incontournable : la langue ; la laïcité ; des lois communes qui protègent (les droits et devoirs) ; Un État qui fait respecter les lois. Un socle qui est non négociable ; mais il faut aussi reconnaître l’effort de celui qui fait la demande.
Ma contribution fait référence à l’école et à l’Histoire. Comment faire retrouver au groupe ce sentiment d’appartenance ? C’est par une meilleure place de l’Enseignement de l’Histoire et une meilleure Ecole que l’on arrivera à exalter les vertus d’une France souveraine et d’un peuple soudé. Il nous faut arriver à une Histoire partagée, à une Histoire apaisée. Si l’on reste sur les modèles précédents on ne pourra pas s’en sortir. À condition de respecter des principes de base : aborder tous les faits ; les replacer dans leur contexte pour éviter des vagues d’émotion sur le champ ; veiller par exemple à ce que les élèves n’attribuent pas aux seuls Européens les horreurs de l’esclavage
Bernard Marek :
En 63 ans, je ne me suis pas trop posé la question de l’identité nationale. Aujourd’hui je m’interroge. En parler, cela suppose une connaissance encyclopédique de l’Histoire que je n’ai pas ; S’il y a débat, c’est qu’il y a problème : je pense par exemple à la Marseillaise sifflée lors d’un match à Paris ; au drapeau français remplacé par un autre, etc. Une question sur le fond : est-ce que les valeurs de la République n’évoluent pas ? Je crois que c’est un débat utile.
Raymond Lauret, conseiller régional :
J’ai apprécié les propos d’Alexis Miranville, cette façon de se projeter dans l’avenir, une avancée permanente dans la construction de l’identité nationale. Dans la marche en avant de l’Europe, je note que les régions ultrapériphériques doivent s’intégrer dans leurs espaces géographiques, pour une nécessité de solidarité ; et la France va proposer un projet de solidarité, à partir d’une taxe sur les transactions financières. Je souligne aussi la nécessité de construire à une identité mondiale de façon à ce que tous les hommes puissent participer à un accès au mieux être. À la Réunion, nous sommes au-dessus de tout ça ; nous sommes la configuration du monde de demain. C’est un laboratoire à citer en référence, avec ses faiblesses bien entendu.
Aimé Lebon :
Ce débat est à placer dans le cadre d’une manœuvre politique du Président de la République. Mais il est important de l’entreprendre, à condition de le faire mûrir. Le plus souvent, il revient en phase critique lorsque les Français sont divisés (après la guerre de 70 ; celle de 14-18 où apparaît une séparation entre nationalistes et pacifistes ; après celle de 40 avec la division entre résistants et collaborationnistes ; et depuis quelque temps les problèmes d’intégration des immigrés et la crise économique et sociale mondiale). C’est un débat qui doit être fait sur les valeurs de la République : sommes-nous sûrs qu’ici nous mettons les mêmes contenus dans l’égalité, la laïcité, etc.) ? Il faut lire la lettre de Guy Moquet dans les écoles, mais il faut aussi débattre de nos valeurs communes avec les jeunes. L’identité nationale pour un pays comme la France, c’est aussi la défense des services publics, et particulièrement de l’Education nationale et de la santé. S’il y a eu une immigration pour les besoins de l’économie, la puissance publique a-t-elle donné des moyens pour réussir l’intégration de ces arrivants (école, mais aussi l’urbanisme) ? J’approuve la proposition d’Alexis Miranville en ce qui concerne la place de l’Histoire (on n’en prend pas le chemin avec ce que prépare le gouvernement dans l’enseignement de cette discipline), mais attention à l’approche de la vérité historique – tous les pouvoirs ont une sacré tendance à plus ou moins réécrire l’Histoire. Il faut donc un véritable Enseignement de l’Histoire pour aiguiser l’esprit critique des citoyens, et les responsables politiques qui mégotent sur les moyens à y consacrer jouent un drôle de jeu dans une démocratie qui se veut vivante.
Il y a eu d’autres interventions, toutes intéressantes pour relancer, élargir la discussion, preuve que les pouvoirs publics se doivent d’entretenir une saine confrontation même sur des sujets délicats.
Le Sous-Préfet de Saint-Paul : nous avons eu ce soir un débat riche, serein, et ça aussi entre pour quelque chose dans ce qui fait la France.