Régionales 2 010: Les associations

Publié le par AN LEBON

 

Respecter et aider les associations

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Photo: Manifestion dans les rues de Saint-Denis. 
          
Quels sont les éléments sur lesquels les électeurs devraient s’appuyer pour se faire une opinion quant à la prise en compte des besoins de la population ?

            Pour les citoyens, outre une politique foncière ambitieuse pour s’attaquer à la pénurie de logements, un secteur où les principaux repères sont constamment sous les yeux des gens, il est un autre domaine où le jugement de la base se retrouve bien souvent au-dessus de celui des experts, le champ d’intervention des associations. La loi du 1e juillet 1 901 donne un cadre juridique assez vague à toutes les actions entreprises collectivement, et c’est normal. On pratique de tout dans les associations : des loisirs, du sport, des activités syndicales et même politiques – les partis politiques sont aussi des associations déclarées en préfecture. Les objets de ces associations s’étendent parfois à l’économie et leurs gestions sont alors soumises à des règles précises comme dans toutes les entreprises.

            C’est connu, les grands plans concoctés par les meilleurs experts échouent le plus souvent parce qu’ils ne collent pas aux aspirations de la base et/ou parce que les actions engagées ne sont pas évaluées régulièrement en toute transparence par d’autres que ceux qui les mettent en route. Une approche technocratique ou une approche de type centralisateur et purement politicien visant à l’instrumentalisation des citoyens engendre à coup sûr une coupure qui s’élargit de plus en plus entre les décideurs et les populations concernées. Les élus dans le système de représentation classique n’appréhendent pas toujours toutes les réalités, c’est pourquoi les citoyens éprouvent le besoin de se regrouper de façon à faire passer de l’autre côté leurs desideratas. Le champ associatif est large, naturellement divers et complexe, voire fluide. Une association naît, s’efface, et renaît sous une autre forme, selon les évolutions de la société et l’usure classique du volontarisme, sans lien si l’on veut viser l’efficacité avec les stratégies politiques des uns et des autres.

            En lisant les positions des candidats aux régionales et l’intérêt qu’ils accordent à la pratique associative, on peut entrevoir les grandes lignes de leurs conceptions du fonctionnement de la société, et particulièrement l’épaisseur de la dimension participative qu’ils attachent à la démocratie représentative. Croire à la nécessité du travail des associations qui embrassent divers secteurs de la vie quotidienne, c’est écarter d’emblée toute approche purement technocratique ou empreinte d’un centralisme vieillot.

            Ainsi à la question du « Quotidien de la Réunion », « quel catalogue d’aides de la Région défendez-vous au profit de l’économie ? », Michel Vergoz, de « Pour une Réunion plus juste », écrit, entre autres, qu’il compte s’appuyer sur un « réseau associatif, réhabilité et encadré » pour parvenir à la création de 10 000 emplois-verts, selon lui un « véritable fer de lance de la protection et de la mise en valeur de notre patrimoine environnemental ». Au-delà de la générosité affichée (l’état des finances actuelles de la Région le permet-il ?), il ne s’étend pas sur ce qu’il entend par réhabilité et encadré. Pense-t-il à la gestion de l’ex-Arast dont la disparition n’a pas retenu l’attention des conseillers généraux de son parti ? Il ne dresse pas non plus les contours d’un meilleur partenariat entre les collectivités et les associations (un point également réclamé par Nadia Ramassamy, de « Avenir meilleur pour la population »), même quand il parle de « la garantie pour « 3 000 contrats de continuité professionnelle en 4 ans, pour les salariés victimes ou menacés de licenciement ». Tout le monde pense en le lisant au drame qu’ont vécu les ex-salariés de l’ex-Arast où la plupart des élus de la majorité de l’assemblée départementale dont certains sont candidats aux régionales se sont cachés pour ne pas avoir à se prononcer sur ce désastre humain. Comment alors revenir devant les électeurs sans s’expliquer sur cette réhabilitation et cet encadrement nouveaux, car demain l’argent public sera obligatoirement engagé dans ce secteur d’aide à la personne avec les mêmes conséquences si l’interface association pouvoir politique n’est pas revue ? Sans opposer indépendance et encadrement, le mieux aurait été de parler de degrés de liberté, d’échanges réguliers et d’évaluation transparente de toute structure qui fonctionne avec l’argent du contribuable pour des missions de service public. Et de rejeter à coup sûr toute prise en charge directe et globale par des affidés des partis politiques qui ne pensent qu’à préparer pour leur camp des supports et des relais purement électoraux.

            Vincent Défaud, de « Europe Ecologie La Réunion », plaide pour la création d’une « fédération des associations par secteur, pour les professionnaliser, les renforcer, les coordonner dans le sanitaire et le social, le service à la personne, la formation, l’insertion, la culture, le sport, le tourisme, l’environnement ». Il n’y a pas à dire, la réflexion des Verts avance dans ces domaines d’intervention. Mais à parler des objectifs pour une meilleure efficacité sur le terrain, qui va professionnaliser les intervenants, les renforcer, les coordonner ? Et comment ? Les propositions manquent aussi dans cette direction, car le seul fait de fédérer les associations, voire de mutualiser des moyens engagés, ne les rend pas toutes plus dynamiques et efficaces.

            En revanche, le fait que des candidats comme Jean-Paul Virapoullé de « La Réunion nout’fierté », Paul Vergès, de « L’Alliance » et Didier Robert, de « La Réunion en confiance », ont à peine effleuré le sujet montre bien qu’un champ associatif indépendant des pouvoirs politiques n’est pas pour eux un sujet de réflexion prioritaire. Les mêmes préfèrent sans doute décliner des mesures économiques parsemées de quelques chiffres à qui l’on fait dire tout et son contraire, et où tout tourne autour des « y a ka ». Jean-Yves Payet, de « Lutte ouvrière », au moins porte un jugement net sur ces événements que les Réunionnais ont vécus et subis d’une façon ou d’une autre : « …il est extrêmement choquant qu’une association comme l’Arast ait disparu, faute de financement suffisant ». En raison aussi du fait que certains élus n’ont pas voulu remettre en cause des combinaisons tactiques qu’ils semblent placer au premier rang de l’action politique. Beaucoup ne sont pas disposés à dialoguer avec les responsables associatifs en temps normal ; ils ne voient pas l’intérêt de mises au point régulières, et préfèrent s’en remettre au simple rapport d’activité déposé en fin d’année, simple formalité administrative pour le renouvellement des subventions. Personne n’a parlé de la nomination d’un élu responsable des associations qui pourrait installer une nouvelle gouvernance dans ce domaine.

            Johny Arnachellum, de « Pour l’égalité totale », pense-t-il accorder à une petite place aux initiatives des associations quand il parle des aides directes à l’investissement à des projets revêtant un caractère collectif ? Les associations peuvent être porteuses de vrais projets économiques pour peu qu’on veuille bien leur reconnaître cette capacité originale à se saisir des besoins de la population.

            Aniel Boyer, de « Nasion Rénioné », se met aussi dans le sillon, sans détailler quoi que ce soit, et surtout se différencier, quand il propose « le montage de coopératives dans l’intérêt des travailleurs de la terre ». Ce qui n’est qu’une position de principe ; insuffisant quand on sait que l’essentiel est une mise en pratique dans la durée.

            « L’Alliance formule également des propositions pour le développement de l’économie alternative dans les secteurs des services à la personne et de l’entretien de l’environnement, générateurs d’emplois et d’activités ». Point ! Tout est dit pour la tête de liste de l’Alliance. À se référer aux seules généralités écrites, difficile de faire mieux dans la non-prise en compte du secteur associatif à partir des degrés de liberté qu’on accepte bien de lui laisser, ce qui n’étonne personne quand on connaît le type de gouvernance qu’affectionne le PCR.

Publié dans Politique régionale

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