Régionales 2 010: Le logement

Publié le par AN LEBON

 

Régionales de 2 010 : Premier dossier

Pénurie de logements, les bonnes interrogations

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Photo : Au-dessus de Saint-Paul Ville, tout un potentiel de terrains disponibles (procédures à engager…)

            Les réponses écrites des têtes de listes aux questions du « Quotidien de la Réunion » constituent une base sérieuse pour débattre de la responsabilité et des perspectives dans la gestion publique. La plupart des candidats arrivent dans ces régionales après avoir influé d’une façon ou d’une autre sur cette gestion. Les réponses à « quelle contribution le conseil régional peut-il apporter pour résorber la pénurie de logements, notamment de logements sociaux ? » appellent des remarques et d’autres questions pour mieux faire avancer le débat.

            Qui est responsable de la situation actuelle en matière de logements ? Michel Vergoz, du parti socialiste, souligne la compétence de l’État qui, par la LBU, apporte une aide à la construction, et celle de la région qui, par sa compétence dans l’aménagement du territoire, intervient pour l’achat de terrains et leurs viabilisations. « Aucun euro de la LBU ne doit repartir pour Paris parce que non utilisé sur place », assure-t-il. Bien lancé ! Mais, il ne dit pas pourquoi la totalité de la LBU n’est pas utilisée. C’est un point essentiel qui doit susciter des propositions précises quant à un autre déploiement des moyens si l’on veut que cela aille mieux ! Autrement, rien ne sert de discourir sur le « scandale » de voir plus de 26 000 familles attendre une maison ; sur le rappel de la dignité des Réunionnais pour qui « une maison permet de sauvegarder la cohésion sociale » ; sans compter la nécessité de relance de l’activité des entreprises. Il décline bien toutes les conséquences et les bienfaits d’une bonne politique du logement, mais ne pointe pas devant les électeurs les responsabilités des élus locaux. En effet, il aurait pu, comme Johnny Arnachellum, de l’« Egalité totale », affirmer que « la dotation à l’E.P.F.R (Etablissement Public Foncier de la Réunion) est ridicule au vu du retard pris dans ce secteur ». Mais ce dernier ne pose pas nettement la responsabilité de tous ceux qui ont dirigé la Région – sans oublier ceux de l’opposition qui pour la plupart sont en piste pour le renouvellement de leur mandat –, puisque c’est elle qui abonde les fonds opérationnels cet établissement public. En réalité, aucun candidat n’éclaire vraiment les Réunionnais sur ce profil bas adopté par les élus régionaux dans la mise à la disposition des collectivités de plus de terrains.

            Tous les candidats s’en remettent au SAR, mais pour quelle application des priorités qui seront finalement retenues ? Le dossier était soumis à une enquête publique il y a peu. Seul le maire et conseiller général de Salazie est intervenu sur le sujet. Il s’étonnait (à juste raison ? Y avait-il des plans de zonage précis dans les documents présentés à divers points de l’île ?) de voir que les déclassements proposés favorisaient particulièrement certaines communes de gauche. Aucun débat sur cette question n’a eu lieu par la suite ; et tous ceux qui parlent du SAR dans cette campagne des régionales n’y apportent pas beaucoup d’éclairage. Tout le monde se rabat, avec raison, sur la nécessité de densifier l’urbanisation des villes, mais personne ne soumet au débat le potentiel que l’on pourrait acquérir ailleurs. Si ce n’est Aniel Boyer, de « Nasyon Rénioné », qui dit : « Certaines réquisitions (le terme est peut-être mal choisi) de terrains de gros propriétaires […] sans sacrifier les terrains agricoles peuvent être nécessaires pour satisfaire les besoins de la population » ou même Jean-Yves Payet, de « Lutte ouvrière », (il faut citer l’intitulé des listes) qui fait remarquer que sa proposition d’un office public des logements serait une solution appropriée, mais « sans engraisser au passage les propriétaires fonciers, les bétonneurs et autres promoteurs ». Ou encore Eric Magamootoo, de la liste « Le changement », qui lui aussi y voit un moyen de « freiner le déclassement des terres agricoles au profit des gros opérateurs privés ». Est-ce à dire que des bons débats sont à prévoir dans la nouvelle assemblée régionale pour l’adoption du nouveau SAR bientôt ? Il faut l’espérer.

            Et les autres têtes de liste ? Jean-Paul Virapoullé, de « La Réunion nout’ fierté », n’a pas répondu à cette question ; il a sans doute préféré consacrer tout l’espace proposé par le journal au tram-train, un sujet qu’il juge sans doute plus porteur dans son combat contre la majorité sortante. Quant à Didier Robert, de « La Réunion en confiance », il préfère en revenir à l’idée de la « case à terre plutôt que le logement social en bloc de béton ». Il aurait dû développer cette logique, en répondant par exemple à une question : Compte tenu de la demande, quelle est la surface à mettre en face ? Et peut-être envisager la possibilité d’éviter le « bloc de béton », avec un peu plus d’argent pour les aménagements périphériques et sans « gaspillage » de terrains. Ce n’est pas sa position sur le SAR qu’il voit que comme un simple mécanisme à déclasser des terrains « à chaque fois que cela est raisonnable » qui permet de rentrer sérieusement au fond de cette question.

            Et encore moins avec les généralités de Nadia Ramassamy, de l’« AMPR ». Et pas davantage avec Paul Vergès, de l’ « Alliance », qui se satisfait du niveau de participation de la Région à l’E.P.F.R et qui n’entend pas changer un mécanisme qui pourtant laisse le champ ouvert à la spéculation immobilière. Si ce n’est l’idée d’une taxation sur les plus-values foncières qu’il aurait pu, lui aussi, développer en partant de ce qui existe déjà, pour expliquer, lui qui aime argumenter sur les compétences des différents niveaux de décisions, le chemin à emprunter pour améliorer les ressources de la collectivité en vue de la constitution d’un bon patrimoine foncier à destination des communes selon leurs besoins.

            C’est Paul Vergès qui pointe les vrais acteurs en bout de la chaîne après l’État et la Région, les communes : « L’État a confié aux communes la responsabilité de mener des opérations de logements sociaux leur fixant même un seuil minimum à respecter », écrit-il. Bien ! Mais il n’y a rien sur les demandes d’acquisition de fonciers par l’E.P.F.R, en dehors, pour utiliser la formule d’André Thien-Ah-Koon, du « Mouvement divers droites », de « petites parcelles qui n’ont plus de vocation agricole », qui placent les communes dans l’obligation de passer par des partenariats publics privés qui sont bien loin d’être du type gagnant-gagnant. Il parle bien entendu du FRAFU, mais qui a entendu un débat sur l’insuffisance du Fond Régional d’Aménagement Foncier Urbain et sa mauvaise utilisation durant les mandats précédents ? Qui a proposé d’augmenter la part du FEDER qui abonde ces fonds à l’aménagement de façon à faire face convenablement à toute la problématique du logement ?

            Une conclusion s’impose : alors que la campagne est déjà bien lancée, c’est l’évitement, pour ne pas dire le grand silence de la plupart des candidats, sur l’étendue de la responsabilité et de l’engagement des élus qui contribuent à la mise en place d’une bonne politique de logements.

Publié dans Politique régionale

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