La MCUR, à l'opposé d'un consensus

Publié le par AN LEBON

 

La MCUR, à l’opposé d’un indispensable consensus en matière culturelle

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Photo : Le lieu d’implantation de la MCUR : Au premier plan, la zone d’implantation du parking ; puis, la bretelle de l’échangeur de Plateau Caillou ; au fond, la tranchée de la route des Tamarins, et, sur le terrain en butte, la zone d’implantation des bâtiments de la MCUR.

 

            Les rédacteurs du programme de la MCUR (document pdf téléchargé fin décembre 2 009) déploient dans ce projet la seule analyse d’un parti, le PCR ; les objectifs de ce projet reposent sur l’idéologie et les considérations tactiques et stratégiques de ce parti. Incontestablement, ce choix qui n’est pas partagé par une grande majorité de démocrates de cette île ne peut pas prétendre servir les intérêts de toute la population.

            Le premier point à considérer est que l’Histoire de la Réunion qui y est présentée est visitée uniquement à travers les phases tactiques et stratégiques de ce parti. Rien qu’à considérer ce point d’appui partisan, ce projet doit être contesté ; il est loin d’oeuvrer pour conforter l’unité des Réunionnais. L’Histoire est malmenée et la réalité est pliée pour mieux coller aux thèses politiques retenues. Le métissage n’a pas droit à une place de choix car elle casse l’image monolithique de l’esclavage que l’on veut graver dans le patrimoine.

            Ainsi la période des années 50 ne peut pas être globalisée (Page 9) parce qu’elle n’est pas sans aucune discontinuité. En 1 958, c’est l’avènement de la Ve République. Et quels que soient les critiques à émettre, il est indéniable que sous le régime gaulliste, la France a regardé la Réunion avec un autre œil. La démocratie était souvent bafouée lors des opérations électorales, les oppositions étaient durement et illégalement combattues, mais la Réunion avançait. La fin justifie les moyens était le leitmotiv des deux camps qui s’affrontaient, les départementalistes et les autonomistes. Le résultat a quand même été une amélioration sans précédent des services publics, un accroissement des droits sociaux et une meilleure installation de la Réunion dans la République. D’ailleurs, le PCR s’est même glissé plus tard dans la continuité de la départementalisation, allant jusqu’à défendre bec et ongles la création d’un 2e département dans le sud de l’île, y compris « sous » Lionel Jospin alors Premier ministre du président Jacques Chirac.

            Le raccourci qui y est opéré dans l’Histoire fait quand même disparaître la mise en place de la décentralisation sous François Mitterrand, à laquelle le PCR a collaboré, et la période d’intégration à l’Union européenne dans le respect des spécificités des DOM avec la création des régions ultrapériphériques de l’Europe.

            On ne peut donc pas tout ramener aux années 50 et se contenter de dire que « les conservateurs qui s’étaient opposés au statut de « département » transformèrent la demande d’égalité en politique d’assimilation culturelle et de dépendance économique », et laisser de côté les années 80 et 90 où l’intégration, dont certains aspects restent encore à améliorer, a pris nettement le pas sur l’assimilation.

            Un 2e point, en concomitance avec le 1e, fonde l’absence de consensus et donc le rejet de ce projet qui a pour ambition d’engager toute la Réunion dans le temps et la passion : les rapports entre la culture et la politique, vus par les rédacteurs de ce programme de la MCUR, et qui relèvent là aussi de l’idéologie du PCR.

            La création par un pouvoir politique d’un outil culturel qui demandera tant d’efforts à toute la population (construction et fonctionnement) doit faire l’objet d’un consensus politique et moral. Et ce pouvoir ne doit pas en avoir le monopole, parce que la vie culturelle est multipolaire, en raison de la décentralisation et de l’intervention libre des associations de toutes natures. Et c’est à partir de ces considérations fondamentales que cet outil pourra jouer un rôle d’intégrateur de toutes nouvelles diversités culturelles. Dans cet esprit, la culture est alors en mesure de « fournir à chacun les clés d’explication du monde et en donnant un sens à la vie permettre d’accéder à la plénitude de la citoyenneté », selon Jacques Rigaud de la Fondation Robert Schuman. Cela doit être vrai en France et dans toutes les régions françaises, quelles que soient les spécificités de chacune de ces régions.

            La politique guide la vie culturelle, mais sans la dominer, la régenter, parce que autrement elle tue la liberté qui lui est essentielle. La culture dépasse la politique bien que cette dernière se doit de l’influencer, mais sans jamais l’instrumentaliser.

            Mais on en est loin, d’autant plus qu’on y lit que « La MCUR ne peut pas se contenter des archives, elle doit être un espace où celles-ci sont mises en contexte et réinterprétées » (Page 25) ! Et il lui revient de proposer, dit encore le texte, « de penser à la fois le multiculturalisme et l’interculturel, à la fois l’unité et les différences…(Page 13). On voit bien que cette structure est un outil politique au-dessus de la culture. « Mises en contexte et réinterprétées », mais par qui ? La MCUR ? Elle est construite sur une base partisane. Quand l’interprétation est libre et permanente, et que ceux qui ont les compétences dans leur domaine le font à leur initiative, dans une bonne circulation de l’information, la question de la réinterprétation ne se pose pas, sur quoi que ce soit ! Dans le programme, on y voit même plus la place des historiens ; et pour aller encore plus loin, on y apprend que les rédacteurs prétendent donner à cette structure les moyens de « percer le mystère de la culture ». En tout cas, ce n’est pas faire preuve d’ouverture et de prise en considération de la diversité des pouvoirs que d’affirmer que la réflexion et la proposition se feront « avec des personnalités expertes du monde associatif, du travail social sur la constitution d’un discours partagé qui questionne la politique d’urgence inévitablement induite par l’économie de rattrapage » (Page 24). On est en plein brouillage des champs d’intervention des organismes que la société démocratique se donne ; on devine assez bien et les critères et la méthode de désignation de ces experts. En tout cas, ce ne sont pas ces experts-là qui feront « entendre un point de vue réunionnais sur le monde » (Page 57).

            À la lumière de ces éléments, il est clair que cet outil culturel dans les mains d’un parti ne présage rien de bon pour le pluralisme à la Réunion. On est loin du chemin menant à un indispensable consensus en matière de culture.

            Un tel projet ne peut pas être déclaré d’utilité publique, parce qu’il ne sert pas l’intérêt général. M. le Préfet de la Réunion, représentant de l’État républicain garant des libertés et de l’égalité des citoyens, se doit de prendre la décision qui convient.

Publié dans Politique régionale

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