L'îlet Alcide

Publié le par AN LEBON

 

L’îlet Alcide ou quand la simple balade « tourne » à la méga randonnée.

 

Partie 1 : L’îlet Alcide.

Partie 2 : La grande randonnée : De l’îlet Alcide à Maïdo par le sentier « rempart du Maïdo ».

            La balade à l’îlet Alcide est une classique, présentée comme une petite marche agréable à travers la forêt primaire de bois de couleurs des Hauts de l’Ouest sur différents sites Internet, une impression confirmée par de nombreux marcheurs l’ayant faite récemment. Un parcours en boucle qui peut se faire en 2x1H30, à partir du parking de la route Forestière qui démarre de la route de Maïdo un peu au-dessus de la Petite-France.

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Photo : Première pause au grand tamarin de plus de 400 ans, haut de 19 m et de 3,89 m de circonférence ; il a résisté à pas mal de cyclones.

            Vérifications faites, ces informations sont justes, et la découverte ou la redécouverte de la nature de ce coin des Hauts de Saint-Paul est un plaisir que l’on ressent par tous les sens. Les pestes végétales que sont le longose et le raisin marron gâchent quelque peu le tableau. Mais des petites nuances doivent être apportées : quand il est dit que le marcheur aura quelques petites ravines à traverser avant d’arriver au site objectif, ce serait bien mieux de préciser que ces traversées se font en de belles plongées dans le lit de ces ravines et par conséquent en de belles remontées qui demandent toutes de la vigilance et pas mal d’efforts surtout si le rythme de la marche est un peu élevé.

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Photo : Une vue de la rive droite de la rivière des Galets.

            Ce n’est pas une simple petite promenade en forêt. C’est vrai que l’on a rien sans rien et que l’on ne peut pas découvrir les montagnes de la Réunion comme si l’on se promenait sur le Barachois à Saint-Denis. La réalité est qu’en partant du parking, il faut monter et bien monter pour atteindre le bord du rempart sur la rive gauche de la rivière des Galets, d’où l’on découvre le cirque de Mafate pratiquement au niveau du Cap Noir à Dos d’Ane, sur l’autre rive de la rivière. La descente ensuite vers l’îlet en question se fait dans une nature moins humide, à la végétation moins dense que dans la première partie, sans doute parce que cette zone est plus exposée au soleil et soumise au vent qui descend des profondeurs du cirque.

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Photo : Au loin, la ville du Port.

            La table d’orientation au départ du sentier pourrait être aussi un peu plus complète, parce que l’on se retrouve devant le choix entre différents itinéraires, surtout si sur place l’on veut élargir son excursion ; sans compter que l’on n’a pas une idée du kilométrage et des variations d’altitude selon les tronçons du parcours. Un luxe ? Pas du tout ! Un investissement, si la Réunion se fixe pour objectif de passer en peu de temps le cap des 800 000 touristes par an. Son trésor touristique est en effet bien plus à l’intérieur du pays que sur le littoral, un trésor qui prendra encore de la valeur si l’île est classée au patrimoine mondial naturel de l’UNESCO (cirques, pitons et remparts), car dans ce cas elle devrait rentrer vraiment dans une logique touristique mondiale.

            L’îlet Alcide, à l’arrivée, paraît presque insignifiant. Le visiteur qui se demande comment Vincent Alcide CLAIN a pu s’accrocher pendant des années à ce coin de montagne loin des agglomérations de la région – il y a travaillé de 1 926 à 1 944 – oublie ou n’est pas informé qu’après la fin de la mise en culture la nature ne fait que reprendre ses droits. Il en a été de même sur beaucoup d’autres îlets de Mafate qui dans le passé ont assuré la subsistance de petites communautés de Créoles des hauts qui vivaient alors presque en autarcie.

            Les parties relativement plates, dont celle qui est située entre le boucan reconstitué – mais mal, et déjà dégradé – et le point de vue avec une possibilité d’atterrissage pour un hélicoptère, ainsi que les pentes aux alentours, étaient défrichées pour être plantées en géranium ; d’où d’ailleurs les problèmes qu’Alcide a eus avec l’ONF (les Eaux et Forêts à l’époque) qui est chargée de protéger toutes les zones naturelles. De cette plante est extraite une huile essentielle qui est surtout utilisée comme fixateur dans l’industrie du parfum ; cette essence mondialement réputée faisait du géranium une culture qui donnait des revenus parfois intéressants à tous les planteurs des hauts de la Réunion. À la condition pour eux de disposer de terres, en tant que petits propriétaires ou colons partiaires sur les grandes exploitations. Aujourd’hui tout a bien changé, les grandes productions dans des pays comme l’Egypte et les produits de synthèse ont coupé les ailes au « géranium Bourbon ».

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Photo : Il faut bien reprendre des forces avant le retour.

            Et qui dit îlet occupé et travaillé dit présence d’une source – l’eau est source de vie. Elle est là, l’eau ; elle passe à proximité de l’actuel boucan, retenue dans un bassin qui devait servir de réservoir pour alimenter l’alambic d’où étaient faites les cuites de géranium. Elle source depuis la pente de la crête au-dessus des terres défrichées de l’îlet ; on peut même concevoir qu’un système d’irrigation rudimentaire permettait en raison de la déclinaison du terrain d’alimenter de petites plates-bandes où Alcide produisait aussi des légumes (haricots, petits pois, artichauts, etc.) pour sa consommation sur place, mais qu’il devait aussi en ramener à sa famille à Bois de Nèfles Saint-Paul. Et si cette source coule en juillet 2 010, alors qu’elle n’est plus entretenue, elle devait vraisemblablement avoir un meilleur débit dans les années 20 où la pluviométrie était plus importante qu’aujourd’hui.

            Il fallait s’accrocher à cette terre pour vivre, même si elle devait être périodiquement bouleversée par les cyclones. Tout porte à croire qu’Alcide ne restait longtemps sur son îlet que dans les périodes de coupe et de distillation du géranium ; il a dû faire pendant ces années de travail quelques allers-retours à Bois de Nèfles Saint-Paul en passant par les hauts de Sans-Souci. Surtout pendant l’été, pour peu que la nature donne des signes de l’approche d’une perturbation météorologique ; c’est en effet dans ces moments que le rendement en essence à chaque cuite est meilleur – il fallait distiller au maximum avant de rejoindre son habitation principale.

Suite partie 2 : La grande randonnée : De l’îlet Alcide à Maïdo par le sentier « rempart du Maïdo ».

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