L'esclavage à la Réunion (suite)

Publié le par AN LEBON

 

L’esclavage à la Réunion (suite)

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Photo : Un lieu historique de Saint-Paul : le cimetière marin, avec en arrière plan la falaise au pied de laquelle se trouve « la Grotte des Premiers Français », et juste au-dessus de cette falaise, le lieu d’implantation de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise (MCUR), si le projet est déclaré d’utilité publique au terme de l’enquête publique qui prendra fin le 7 janvier 2 010.

 

Suite de l’interview d’Alexis Miranville dans le JIR du 20 décembre 2 009, sur l’esclavage à la Réunion :

 

Alexis Miranville répond à propos de la place de l’esclavage dans le patrimoine culturel de la Réunion, des séquelles qui en découlent et de leur exploitation :

- « Je ne dis pas qu’il n’y en a pas. Moi-même, j’en voulais parfois à mon père d’avoir une trop grande déférence vis-à-vis des blancs du Bois-de-Nèfles. C’est pour cela que, à un certain moment, j’ai un peu travaillé avec le PCR, la structure qui, à travers le journal Témoignages, dénonçait, à l’époque, beaucoup de ces choses. Mais cette victimisation à outrance du descendant d’esclave, je trouve cela pernicieux ».

 

Bien entendu, le débat sur l’identité nationale, qui a été lancé par le gouvernement dans toutes les régions françaises, ne pouvait pas ne pas être fait ici. On ne débat pas de l’identité à la Réunion sans parler de l’esclavage. Alexis Miranville donne son point de vue, en pointant une notion qui entre bien dans l’analyse fine qu’il produit sur le sujet : les appartenances, qu’il place dans une logique républicaine.

- « oui, d’ailleurs, j’étais gêné lorsque les services de la préfecture m’ont appelé, car je sais que ce débat est une opération lancée par quelques-uns avec l’objectif de récolter des voix, or je ne voulais pas m’engager aux côtés de cette personne-là. Mais ensuite, je me suis dit qu’à l’échelle locale, les exemples ne manquent pas, non plus, de ceux qui lancent des opérations dans le but de récolter des voix. Donc, comme je suis un bon citoyen, décoré de la légion d’honneur, ancien prof d’éducation civique, je ne pouvais pas me défausser. L’identité, pour moi, c’est une question d’appartenance et chaque personne a de multiples appartenances. J’ai mon appartenance locale - je suis Réunionnais – mon appartenance religieuse, politique et j’ai mon appartenance nationale. Or pour moi, l’appartenance à la nation française transcende tout. La France, c’est beaucoup : dans mon parcours, si je n’avais pas eu la bourse départementale pour faire mes études au lycée, j’aurais été maçon ou journalier agricole comme l’ont été mes frères. Ça rejoint cette question de la réparation que posent certains qui parlent de l’esclavage. Ce que je suis devenu, ce que mes enfants sont devenus, je le dois à l’école républicaine dont je suis un produit. Pour moi, la plus grande part de la réparation a été faite. Evidemment, il y a lieu aujourd’hui de reconsidérer les moyens car l’ascenseur social est en panne et certaines catégories sociales n’ont pas la possibilité d’accéder à ce que j’ai eu. Mais pas dans une logique de réparation, simplement dans la logique égalitaire de ce que doit être la République ».

 

Et de présenter la perception de l’esclavage dans la population, en collant à la réalité :

- « Je demande parfois : “Comment vivez-vous votre qualité de descendant d’esclave ?” On me répond en général : “Ce n’est pas le problème, maintenant j’ai mes enfants, quand je leur parle de l’esclavage, c’est pour dire : on a souffert, mais il faut qu’on aille de l’avant”. L’esclavage, ce n’est pas la préoccupation quotidienne des gens. Regardez le 20 décembre : il y a plus de gens dans les magasins que dans les festivités. Et dans les cérémonies commémoratives, d’un côté on fait beaucoup de fêtes, de l’autre on fait tout jusqu’à la caricature. Quand j’ai vu à Saint-Paul, le débarquement où on forçait le trait jusqu’à peindre des noirs en blancs ou des cafres clairs en noir pour faire plus noirs, je subissais ça comme une espèce de déshumanisation. Il ne s’agit pas de taire les choses, mais de les dire de manière apaisée et dépolitisée ».

Publié dans Débats de société

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