Henri-Paulin Panon Desbassyns

Publié le par AN LEBON

 

Henri-Paulin Panon Desbassyns (1 732-1 800) : « Autopsie d’un « Gros Blanc » pour servir sa mémoire ».

            Quelques éléments de la conférence de Claude Wanquet dans le cadre des Journées européennes du patrimoine :

 http://www.dailymotion.com/video/xewrhg_chapelle-pointue_news     

 

C’est à la Chapelle Pointue, à Villèle Saint-Gilles les Hauts, que Claude Wanquet, professeur émérite d’Histoire à l’université et spécialiste de la Révolution à la Réunion, est venu parler devant une assistance très attentive d’un personnage oublié : Henri-Paulin Panon Desbassyns. Il rappelle, d’entrée, que sa tombe ne se trouve pas dans cette chapelle mais au cimetière marin de Saint-Paul. Pour lui, et il le montrera au cours de son exposé, c’est une personnalité étonnante bien qu’ayant vécu dans l’ombre d’Hombeline, son épouse, qui a géré le domaine familial plus de quarante ans après sa mort. Les Réunionnais, en effet, connaissent surtout Mme Desbassyns, « La divine providence » pour les uns, comme il est inscrit sur la dalle de sa tombe dans cette chapelle, ou une terrible maîtresse d’esclaves pour d’autres.

            Cet homme a beaucoup écrit, dit Claude Wanquet : Un livre sur la production du maïs, un autre sur les chevaux, et son journal dans lequel il parlait de tout, des événements concernant sa famille, ses esclaves. Et puis, il y a les récits de ses deux voyages en France, et donc des longs séjours consacrés presque uniquement à l’éducation de ses enfants. Le premier fut entrepris en 1 785 – à la veille de la Révolution française - ; il y restera 29 mois, avec pas mal d’épisodes.

            Pour l’historien, c’est un colon qui rapporte une véritable mine d’informations sur cette période en France, avec tous les recoupements qu’il est possible de faire en s’appuyant aussi sur les correspondances mises à la disposition des chercheurs par les de Villèle, ses descendants (Auguste de Villèle était présent à la Chapelle Pointue).

            Henri-Paulin n’a pas beaucoup écrit à sa femme ; il reste aujourd’hui une lettre dans laquelle il lui déclare tout son amour. Il y a surtout des lettres aux fils (aux Etats-Unis et à Hambourg). Il a correspondu aussi avec son ami Gérard de Lorient, pour ses affaires ; un ami qui le recevait, lui et ses enfants et qui mettait beaucoup de moyens à sa disposition pendant ses séjours en France. Gérard est comme lui un ancien militaire. Il a pas mal échangé avec La Gironde, de Toulouse, dont la femme est de la parentèle des Desbassyns, une famille qui hébergea aussi ses enfants pour leurs études. Claude Wanquet rappelle aussi qu’il y a d’autres archives dont un volumineux inventaire de ses biens qui permettent de mieux saisir et d’analyser le personnage, de poser les bonnes questions. D’où le titre « Autopsie » choisi pour la conférence, et du livre que l’historien publiera bientôt.

            Claude Wanquet pose tout une série de questions : Comment était-il socialement ? Quel était son cheminement économique ? Son style de vie ? Et note que sa femme était fille unique, avec une riche dote. Était-il un bourgeois ? Un aristocrate ? Et surtout en France, quel était son réseau relationnel ? Qu’est-ce qu’il voyait ? Où étaient ses centres d’intérêt ? Qui faisait partie de son monde ? Quelles personnalités intellectuelles, religieuses, fréquentait-il ? Bien entendu, un positionnement plus détaillé de l’historien se retrouvera dans son livre à paraître.

            Pourquoi ces voyages qui durent et qui le laissent loin de sa femme ? À Bourbon, dit l’historien, il y a de graves lacunes scolaires. Il le fait pour l’éducation de ses 7 enfants – et de ses filles aussi !

            Claude Wanquet se fait alors plus précis sur le personnage. Desbassyns porte sur la société et les événements un regard à la fois naïf et critique, avec cependant une ouverture d’esprit à l’homme. Il était curieux de tout. Et dans son journal, il note tout à trac (par exemple, rapporte l’historien, il note à propos d’une messe lors d’un grand rassemblement populaire dans la période révolutionnaire : « célébrée par Talleyrand, évêque et athée »). Il raconte la mort de son ami protecteur Gérard, et pourtant dans son récit il apparaît à la limite de l’insensibilité.

            Dans son journal, il ne mentionne jamais qu’il lit quelque chose, et pourtant il lit beaucoup (tous les grands textes du 18e siècle), achète des livres ; on lui envoie des journaux de différentes sources pour qu’il puisse se faire une idée sur les grands événements de l’époque. Sous son aspect un peu fruste, dit encore l’historien, il avait une grande culture. Catholique, mais en aucun cas touché par le mysticisme, il n’exprime pas de sentiment religieux. Il est très sensible à la beauté des femmes (notes dans son journal quand il va à la messe).

Surtout, il appartient à la maçonnerie (il profitera d’un long séjour en France pour passer plusieurs grades du « Grand Orient »). Et c’est ce qui l’a sorti d’un mauvais pas lorsque son carrosse a été arrêté en pleine période révolutionnaire. On a fouillé ses affaires et l’on a trouvé des papiers prouvant qu’il avait tel grade maçonnique. Et c’est un « frère », présent sur place parmi les révolutionnaires, qui l’a sauvé. Pas de doute, pour Claude Wanquet : une appartenance forte à l’esprit des lumières.

            L’historien arrive ensuite au positionnement politique d’Henri-Paulin Panon Desbassyns : On peut dire que c’était un centriste – il se plaçait dans une optique de la modération. Il se sentait avant tout Créole de Bourbon. Il était pour une union de la nation et du trône. Et déjà à l’époque il parlait de l’Europe. C’était un pacifiste, d’esprit éclairé pour une union des peuples.

            Il était monarchiste comme tout le monde à l’époque. Mais il va évoluer ; il va se rendre compte des critiques contre Louis XVI, bien qu’il ait été ébloui lorsqu’il s’est retrouvé en présence du roi. C’est un vieux militaire qui ne comprend pas pourquoi les frères du Roi se liguent contre la France. Il condamne les gens qui insultent la famille royale, mais en même temps, il dit que l’entassement des biens a été fait par la sueur du peuple. Il a été déçu par la monarchie.

 

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