Décentralisation, nouveau modèle

Publié le par AN LEBON

Décentralisation, nouveau modèle

Photo: Paul Vergès, sur les marches de l'Hôtel de Région
 

            « Paris » a toujours adopté une ligne courante, constante dans sa gestion de l’Outremer, et depuis peu des outremers, un terme qui est apparu à peu près sous Jacques Chirac – et Lionel Jospin – et qui veut qu’il faille maintenant admettre que la situation dans les quatre DOM particulièrement doit être traitée de façon différente, même si des éléments relatifs à l’histoire et au développement économique et sociale sont communs aux territoires concernés.

            L’État, qui y développe son action – sa place importante malgré les lois de décentralisation est toujours recherchée et approuvée par les populations – se fait toujours prudent : pas de vague, quitte à laisser développer des mouvements pour mieux les désamorcer au reflux. C’est d’ailleurs un principe général qui vaut pour tous les pouvoirs en démocratie. André Fontaine du « Monde » écrivait à propos de la façon dont le général de Gaulle avait géré les « événements » de mai 68 : « La victoire appartient au plus fort, c'est-à-dire au plus imaginatif, à celui qui fait preuve de plus de sang-froid et de psychologie ». Mais la gestion sérieuse des crises est à faire en profondeur pour qui veut faire avancer son pays sans rester obsédé par les intérêts de son parti.

            Il n’est pas à exclure que François Mitterrand peu après son accession à la présidence de la République, alors que la demande d’une assemblée unique élue à la proportionnelle et dotée de gros pouvoirs dans les DOM était à l’ordre du jour, fût dans la disposition d’esprit qu’il valait mieux accéder à cette revendication, pour ne pas ensuite porter la responsabilité politique d’un refus, et attendre que les opposants à cette réforme utilisent eux-mêmes l’arme du Conseil constitutionnel. Ce qui fut fait. Mais il ne sert à rien de réécrire l’histoire.

            Contenir en accompagnant celui qui porte le projet que l’on veut combattre, étant sûr qu’un obstacle majeur se présentera fatalement avant sa concrétisation pour le mettre à terre au bon moment et revenir aux fondamentaux défendus par son propre camp. C’est une stratégie que connaît bien un bon marxiste-léniniste comme Paul Vergès. En tout cas il le vérifie aujourd’hui avec le refus du gouvernement de lui accorder les millions d’euros qui lui manquent pour lancer « son » tram-train. Et celui qui sourit dans le dos de l’autre est sans doute Nicolas Sarkozy qui récupère la base de financement qu’il avait accordée à la Région, inutilisable qu’elle l’est si la finalisation globale du projet n’est pas bouclée. Mais la riposte viendra, il n’a qu’à voir comment dimanche dernier pour le PCR l’axe principal de la bataille des régionales de l’année prochaine a été déplacé sur l’insuffisance de la politique sociale du gouvernement. La politique est un combat permanent. Personne n’est gagnant à long terme, un battu peut toujours revenir pour peu qu’il s’y investisse à nouveau.

            Un jeu dangereux ? Non : à condition de ne pas écarter le débat sur le fond. Comme lorsqu’il s’agit de traiter des oscillations entre l’approfondissement de la décentralisation et les tentatives de recentralisation, d’où qu’elles viennent ! Il est vrai que Nicolas Sarkozy cherche à recentraliser tous azimuts pour mieux tenir sous son pouvoir, directement ou indirectement, les différents centres de décision dans l’organisation du pays, pour mieux appliquer sa politique libérale où les efforts de tout le monde en temps difficile servent à consolider les positions des nantis, et qu’il ne reste à ceux qui sont en difficulté qu’à attendre que la situation redevienne meilleure et à se battre pour arracher un peu de bien-être.
Il n'est pas exclu que cette demande de dotation ferroviaire ne soit qu'une manoeuvre graduée de la Région pour trouver une porte de sortie sur de dossier. Le projet étant difficile, complexe sur bien des plans, au financement imprévisible compte tenu de la crise et de l’augmentation des matières premières, le mieux pour Paul Vergès n’était-il pas de l’abandonner en faisant porter la responsabilité à l’État, dans le droit-fil de la stratégie courante, constante du PCR.

            Marie-Luce Penchard, la toute nouvelle ministre de l’outremer, apporte une donne nouvelle en renvoyant ses interlocuteurs de la Réunion tant sur la méthode que sur le fond à leurs dossiers. En déclarant que l’État ne peut pas accorder cette dotation ferroviaire annuelle, elle signifie, entre autres, que la demande d’argent à Paris ne peut être permanente et surtout se faire au fur et à mesure que se montent les projets. Autrement dit, la décentralisation ne se résume pas à la seule demande permanente de moyens à Paris. Et allant plus loin : l’articulation de la mise en œuvre des mesures dans les collectivités locales décidées au Ciom sera assurée par le préfet de la Réunion, pour signifier que vivre la décentralisation, c’est assumer aussi toute la responsabilité sur place et que l’État gardera l’œil sur l’utilisation des deniers publics. En clair, que l’évaluation des politiques publiques, sur plusieurs niveaux, sera désormais la règle, dans les relations avec l’État, mais aussi à la base dans toutes les collectivités locales.

            Mais attention, cette évaluation doit être transparente, conçue et produite pour en débattre publiquement, parce que ce sont les citoyens qui sont mieux à même de porter les projets, puisqu’ils sont les payeurs. Il est bien qu’une domienne représentante de l’État central soit à l’origine d’un tel changement outremer. Il est sûr que beaucoup d’élus et de décideurs locaux vont renâcler, habitués qu’ils sont à déplacer les responsabilités sur les autres. Mais si « Paris » compte s’abriter derrière cette pratique, qui est bonne, mais qui cache aussi cette politique d’économies à faire partout et qui bien souvent n’est pas juste, il est clair que les domiens ne se laisseront pas faire. Déjà une grande majorité les Réunionnais n’ont pas approuvé la mise en place de l’actuel pouvoir parisien…

 

Publié dans Politique régionale

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