Balade au Chemin des Anglais, à la Montagne Saint-Denis

Publié le par AN LEBON

 

Balade au Chemin des Anglais, à la Montagne Saint-Denis

 

            Une fois les voitures déposées dans le parking provisoire qui sert principalement aux ouvriers des chantiers aux alentours, à l’entrée de la route du Littoral à la Possession, et après avoir longé quelques maisons au bas d’un lotissement, on attaque tout suite la montagne par le Chemin des Anglais.

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Photo : L’avant-garde à la pause.

            Dès les premiers mètres le pourcentage de la pente est élevé, et les moins entraînés à la marche subissent tout de suite leur premier coup de barre. C’est que les plus aguerris involontairement sans doute veulent tout de suite imposer un bon rythme. Mais tout rentre dans l’ordre quand on leur rappelle qu’ils doivent se mettre à l’arrière du groupe pour laisser aux autres le soin de monter à leur train, sans puiser trop vite dans leur réserve, et en tout cas qu’ils doivent veiller à ne pas casser le groupe.

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Photo : Ça monte sec sur les pavés.

            À parler du Chemin, et ensuite des Anglais. Ce n’est plus du tout le sentier tracé au départ, c’est une véritable voie pavée de pierres travaillées et de plaques de basalte ; elle est suffisamment large pour le passage de charrettes – c’est qu’il a dû falloir des hommes pour les pousser dans certains virages très pentus. L’organisation des travaux qui ont été entrepris par deux entrepreneurs, Boisson et Muron, après décision de l’Ordonnateur de l’époque, M. Crémont, d’où son vrai nom de Chemin Crémont, se voit nettement sur le terrain :  Les alignements sur les bords de la voie et l’alignement central sont faits de plaques plus grandes, et ils ont remarquablement résisté au temps ; les pierres de pavage entre ces lignes qui ont été plus ou moins bousculées à certains endroits, sans doute par les eaux de ruissellement, sont encore bien présentes quand elles ne sont pas cachées sous les herbes. Il existe encore des tronçons à réhabiliter, à désherber. Du travail pour le Conseil Général qui en est le propriétaire depuis 1 948. Dans l’ensemble, le pavage a bien résisté au ravage du temps, et curieusement encore plus dans les virages les plus serrés, lorsque la pente est très forte. Cela se voit bien lorsque l’on descend du sommet de la montagne vers le petit village de la Grande Chaloupe. Pas à dire, à considérer tout ce qu’il en reste aujourd’hui, et le promeneur en est fort surpris, c’était dès le début du bon boulot !

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Photo : La traversée du plateau.

            La construction de ce chemin pavé (9 Km dans la première partie) qui passe relativement loin du bord la falaise – il ne peut donc y avoir de risque de chute de cette falaise qui surplombe la route du Littoral, il faut vraiment se frayer un passage dans la zone de forêt sèche pour y arriver –, fut entreprise entre 1730 et 1732, et poursuivie en 1764. Le but était d’assurer une liaison entre La Possession et Saint-Denis en passant par le massif de la Montagne. Il fut plus ou moins abandonné au profit des chaloupes entre la Capitale et la Possession. C’est le colonel Sainte-Suzanne, commandant militaire de l’île Bonaparte, qui, en 1 809, entreprit sa restauration, alors que la France de Bonaparte était en guerre contre les Anglais. Le commandant était alors loin de s’imaginer qu’en ouvrant ce passage il donnait aux troupes anglaises un accès stratégique à la Capitale, et qu’il préparait, en fait, la perte de l’île.

            À parler des Anglais ? Non, les Anglais n’y sont pour rien. Leurs troupes ne l’ont empruntée qu’à partir de la Grande Chaloupe où elles débarquèrent en 1 810 – ne pouvant le faire dans le nord ou dans l’est parce que ces régions sont mieux défendues – pour être en meilleure position afin de prendre à revers les défenses françaises à la Redoute, à Saint-Denis, et conquérir la Capitale de l’île. Qu’est-ce qu’ils ont dû transpirer à tirer tous leurs matériels jusqu’à Saint-Denis ?

            On ne se rend vraiment compte de cette première belle montée que lorsque l’on est au sommet d’où l’on peut voir la ville du Port. Ce fut aussi la première vraie pause de la ballade, le moment d’apprécier et d’échanger les fruits secs que les uns et les autres ont emmenés, de comparer leurs effets bienfaisants, d’échanger les adresses pour les meilleurs points de vente dans la région, et d’avaler par-dessus de grandes gorgées d’eau salvatrice.

            Puis arrive la traversée de cette zone de forêt sèche ; si la tendance générale est le plat, il faut quand même franchir des petites ravines, et donc descendre dans le lit et remonter sur l’autre rive. Cette belle nature n’aurait pas supporté le passage du tram-train selon un tracé qui avait été envisagé, fut un temps, à travers cette forêt – un recours de la SREPEN a obligé la Région à revoir ses plans. Ce tronçon sans difficulté de terrain est aussi le temps des grandes conversations sur différents sujets d’actualité, du rappel des événements qu’ont vécus les amis et les amis des amis, et de franches rigolades sur tout et rien. En tout cas, on a largement le temps de tester avec différents marcheurs du groupe tel ou tel raisonnement, de s’appliquer à défendre telle ou telle thèse, et il n’est pas interdit d’élever la voix pour montrer la conviction sans pour autant que cela puisse gêner quelqu’un. La ballade n’est pas une marche sportive, c’est un moment de détente tout en consentant pas mal d’efforts physiques. Une belle traversée qui exige aussi le rappel d’une vigilance indispensable pour marcher sur ces pavés qui sur bien de tronçons se retrouvent placés un peu dans tous les sens, et qui peuvent donc occasionner des chutes, si au moins un œil n’est pas être rivé au sol de façon à bien choisir les endroits où l’on pose son pied.

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Photo : La route du Littoral.

            On ne ressent vraiment la grandeur et l’importance de ce massif de la Montagne que lorsque l’on arrive sur le bord d’où l’on domine le petit village de la Grande Chaloupe et une partie de la route du Littoral. Un à-pic d’importance ; une belle descente en perspective ; rien qu’à voir la fatigue de certains randonneurs rencontrés qui eux se rendaient à la Possession, et qui venaient de terminer cette montée, on mesure la difficulté de cette balade dans l’autre sens – à moins que ce ne fût qu’un coup de bluff ! Et un coup d’œil au loin permet de se faire aussi une idée de la prochaine côte qui attend ceux qui veulent faire entièrement le Chemin des Anglais, du moins jusqu’à proximité du village de Saint-Bernard, car, en réalité, il continue jusqu’à Saint-Denis.

            De ce point d’observation, à jeter un coup d’œil large, on se rend compte aussi que le passage du tram-train prévu dans sa deuxième version, par des tunnels, n’aurait fait que bouleverser ce site historique. Techniquement, le percement de cette montagne est réalisable ; géologiquement, compte tenu que le massif est une grosse éponge qui conduit le ruissellement des eaux de pluie de la Roche Ecrite, au centre de l’île, à la mer, la rencontre lors des percements de la roche de poches d’eau et de couches très friables est hautement probable. On se demande alors si cette opération est supportable financièrement avec les inévitables réparations des tunnels au fil des ans. Mais des circonstances électorales ont fait que ces questionnements n’ont plus aucune importance étant donné que la nouvelle majorité au Conseil régional vient tout simplement de retirer le projet de tram-train – quitte à déplaire aux élus l’opposition actuelle qui voudraient jouer les prolongations dans le débat, alors que les mêmes tout récemment encore au pouvoir tapaient en touche à toute demande d’éclaircissements sur le fond du dossier).

            Il faut avoir traversé le village de la Grande Chaloupe à pied pour se rendre compte de son évolution (les lazarets ont été réhabilités), du moins du décalage entre une réalité qui a vraiment bougé ces dernières années et une image qui reste fixe dans la tête, car lorsque l’on passe en voiture à 90 km/h sur la route du Littoral, on ne voit pas grand-chose. Cette correction faite, on reprend le Chemin des Anglais, car il continue et s’engage à l’intérieur des terres jusqu’en haut vers le village de Saint-Bernard.

            Et c’est reparti pour une montée difficile et longue, mais tous les baladeurs après ce qu’ils ont déjà fait et vu sont psychologiquement préparés à bien doser leurs efforts. Au tout début, la pente est tellement forte qu’en peu de temps on surplombe le village et la route du littoral. Une montée qui n’en finit pas, sous une brise qui s’est levée, mais qui heureusement est vite retombée.

            C’est sous un beau soleil que s’est effectué le retour à la Grande Chaloupe, par une descente qui fait mal aux orteils puisque le poids du corps glisse vers l’avant dans les chaussures, sans compter les petits chocs contre des pavés cachés sous les herbes. Mais, les petites douleurs par-ci par-là sont vite oubliées en admirant les couleurs de cette forêt sèche que la lumière d’un beau soleil retrouvé, après qu’il y eut une légère « farine » de pluie, met en valeur avec tous les verts et tous les jaunes dans les feuillages des arbustes et les marrons qui virent au rouge dans les herbes folles. L’idée de revoir la première partie du parcours faite en début de matinée dans d’autres conditions de lumière fut émise un court moment, car pour terminer cette excursion il fallait bien rejoindre le point de départ sans nouvelles et grosses dépenses d’énergie. Il ne restait plus alors qu’une solution simple et pratique : Prendre le car-jaune à la Grande Chaloupe pour retrouver les voitures laissées à la Possession. Finalement, l’occasion de faire remonter en surface un petit plaisir oublié !

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Moto 23/05/2011 08:59


Merci de nous faire partager cette belle balade !


RIVIERE 15/07/2010 21:36


Lorsque j'ai emprunté ce chemin pour la première fois, c'était il y a plus de cinquante ans, j'effectuais mon service militaire à la caserne Lambert. Les conditions dans les quelles nous avons
effectué le trajet, la semaine dernière,n'ont rien de comparable. Pour autant, je dois admettre que sous les pavés, il y avait, non pas la plage (mai 68), mais beaucoup de fatigue. Le poids des
ans, sans doute...